jeudi 16 avril 2015

Un heureux événement


Revenir comme un cheveu sur la soupe, c’est aussi gênant que d’entendre son patron en train de faire la grosse commission. Pour abandonner ses lecteurs, il faut souvent avoir une explication bétonnée. Exit le : « J’suis une grosse feignasse. J’ai préféré buller devant des photos de chatons et battre mon record à candy crush ». Il te faut un argument qui pardonne tout et qui attire l’attention ailleurs que sur ta procrastination. 

En y réfléchissant bien, après 9 mois de silence, la thèse la plus plausible, c’est la grossesse ! Voilà, tu tiens une excuse de choc. Pendant tout ce temps, tu étais enceinte. Pour cela, il va falloir te mettre dans la peau d’une jeune et nouvelle maman. Pas si simple.  Heureusement autour de toi, tes copines semblent toutes fleurir du bide. L’inspiration est là, mais l’exercice est périlleux (Tu imagines déjà tes cop’s te dire : « oui c’est amusant, mais TU NE PEUX PAS COMPRENDRE ») !

Que l’on se le dise, le jour où tu découvres qu’outre les shockobons et le cassoulet, quelque chose s’est installé dans ton ventre, tu flippes ta race. Si en plus tu es hypocondriaque, c’est la fin des abricots ! « Docteur, j’ai l’estomac qui grince », « Pas d’inquiétude, vous ne faites que de l’aérophagie, c’est normal pour une femme enceinte vous savez ».  Tu découvriras plus tard la joie des hémorroïdes et des cystites. Une chose est sûre, le glamour et la pudeur qui sont en toi, disparaissent le jour où le mouflet en prend la place. 

Ton humeur change aussi. Une tranche de pain qui tombe par terre t’arrache un torrent de larmes aussi puissant que le jour où Jêrôme Crepin, ton amoureux de maternelle,  a préféré jouer aux billes plutôt que de se marier avec toi. Quand on te demande « Tu veux aller te balader en ville ou tu préfères te faire un ciné ? » Tu hurles avec la voix de Joey Starr  « Il faut toujours que je décide de tout dans cette baraque !  Prends donc des initiatives ! ».  

En gros, pendant neuf mois, tu oscilles entre le chaton triste et l’abominable homme des neiges. Parfois, tu en joues même un peu, « Tu peux me ramener un paquet de chips au sel de l’Himalaya, s’il te plait » ? Pour finalement te confondre en excuses : « Merci, tu es adorable, mais là j’ai la nausée » !  L’avantage d’être enceinte, c’est que l’on te pardonne tout ou presque. 

Le jour de l’accouchement c’est une autre histoire. Même si tu as essayé de t’y préparer au mieux, que tu es au taquet du yoga prénatal et que la section « jeune maman » de doctissimo n’a plus de secret pour toi, tu trembles de trouille. Surtout lorsque l’on t’apprend que le travail est trop avancé pour une péridurale. « Quoi ? Mais quoi ? » Les yeux exorbités tu agrippes la gynéco « Donnez-moi de la cocaïne, assommez-moi ! Dite au bébé de rester là où il est, après tout je peux vivre toute ma vie avec ce ventre, j’ai l’habitude maintenant ».  Mais c’est trop tard ! Alors que tu as l’impression d’être écartelée, tu penses aux paroles de ta mère « Quel bonheur, lorsque je t’ai sortie de mon ventre ! ». Tu en comprends mieux le sens….Elle avait hâte.  

Pendant, que rouge pivoine tu essaies de contenir ta souffrance, l’infirmière te lance : « mais, c’est que vous êtes doudou (comprenez douillette) ».  Là, ta vraie nature ressort. « Casse- toi, connasse ! Sortez-là ou je la découpe en morceau,  je la mixe et je vous la fais bouffer » ! A cet instant précis, ton mari à l’impression d’avoir épousé la meuf de l’exorciste et toi tu te promets de ne plus jamais faire l’amour !

Et puis à un moment, tout s’arrête, tu découvres enfin ton enfant, tu n’y crois pas trop, tu te demandes s’il est bien à toi. Tu oublies les chips au sel de l’Himalaya, le chaton triste, la cocaïne et le mixeur. Tu flottes et tu pleures.  Tu es heureuse, mais un peu triste aussi, triste de ne plus le porter en toi. Il est beau. Cet enfant, c’est le tien, c’est le vôtre.  

Copines, femmes, mères, ce billet est pour vous. Ce que j’ai écrit vient de vos récits, que j’ai écoutés avec attention, parce qu’ils m’ont fait rire ou pleurer, parce qu’ils m’ont touché. Tout au long de ces neuf mois d’absence, la seule chose qui m’a donné de l’inspiration, mais surtout de l’espoir dans ce monde un peu dur, c’est de vous voir : battantes, sensibles et belles. Sachez que je vous admire et c’est pourquoi aujourd’hui, j’emprunte vos habits, car je ne sais pas si un jour j’aurai votre courage. Ne culpabilisez jamais de vos fragilités, de vos erreurs, parce que malgré tout, elles sont remplies de tendresse.   

Allez stop ! J’arrête là mon discours mièvre et doucereux à souhait et je laisserai le soin  à Julien Clerc de conclure ce billet : Femmes, je vous aime !

5 commentaires:

  1. Ma Parole ! c'est du vécu (JC)

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  2. Te revoilà avec un très bon et beau texte !
    Mais de qui tiens-tu donc cet imbattable talent épistolaire ?
    Do

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  3. Merci pour ce bel article!! 😊

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